Traces 2017-07-26T10:08:22+00:00

Claude Tchamitchian Sextet
« Traces »

Claude Tchamitchian composition et contrebasse Daniel Erdmann saxophone ténor et soprano François Corneloup saxophone baryton et soprano Philippe Deschepper guitare Christophe Marguet batterie

C’est une vision poétique de ce «dernier refuge» que j’ai voulu exprimer dans ce projet, manière de célébrer musicalement l’espoir en la vie toujours renaissante. Comme beaucoup d’Arméniens, mes grands-parents ont fui leur pays natal après le déclenchement du génocide perpétré par les Turcs en avril 1915. C’est ainsi que mon père, puis mes frères et moi-même, sommes nés en France, une des principales destinations de ces expatriés. L’envie de retrouver la paix, les situations géo-politiques et familiales m’ont fait grandir loin de la culture arménienne (je ne parle pas la langue), dans le but d’obtenir une intégration sans faille. C’est absolument seul que j’ai retrouvé, presque recréé, mon rapport à la culture arménienne, et ce, principalement grâce à la musique. L’histoire de l’orchestre «Lousadzak» et la rencontre avec Gaguik Mouradian en sont les exemples les plus forts.

L’année 2015 marquera le centenaire du génocide arménien.
Evidemment concerné, cet évènement cristallise une réflexion que je mène depuis longtemps, sur l’interaction entre mes origines et ce qui me construit au quotidien, source de richesses mais aussi de décalages. Si cette situation a toujours été porteuse d’imaginaire, et si elle a toujours nourri mon domaine artistique, je n’ai jamais eu la sensation qu’elle intervenait plus que cela dans ma vie personnelle…

Le hasard existe-t-il vraiment ?… J’ai découvert le livre de Krikor Bélédian «Seuils» début 2014. J’ai eu la sensation très nette de voir un parallèle entre la découverte de mon «arménité» qui se révèle au fur et à mesure du temps et du travail que j’y consacre et celle de l’histoire personnelle de l’auteur, au travers de la vie de ses trois principaux personnages, exhumés d’une liasse de photographies :

«Premier volet d’une large fresque autobiographique « Seuils » (Editions Parenthèses) retranscrit les atmosphères d’une enfance beyrouthine. Composé en cinq scansions, le récit, d’une écriture résolument contemporaine, se focalise sur la découverte d’une liasse de photos de famille. Sur la sollicitation d’une voix, le narrateur retranscrit ces scènes de vie autour des personnages de trois femmes, Elmone, la tante, Vergine, la grand-mère, et Antika, la voisine. Construit comme une mosaïque, dans une langue ciselée, le texte recrée et réinvente ces vies et ces destins croisés, ces odyssées d’exode vers les pays d’accueil, à travers chaque détail des photographies retrouvées. Le travail de mémoire du narrateur permet de restituer ces réalités d’enfance, parcourant des périodes, des lieux et des événements qui tous ont contribué à construire les «seuils» de son existence.»V.Arzoumanian

A la lecture de ce livre, j’ai eu l’impression de retrouver mes propres «photos oubliées». Une anecdote m’est revenue : mes grands-parents ont habité un temps un village de Normandie, et je me souviens des regards un peu différents que les paysans posaient sur mes frères et moi quand nous allions chercher du lait à la ferme, et ce malgré leur évidente bienveillance. Mais je me souviens aussi qu’avec ce bon lait de vache, ma grand-mère ne faisait jamais de béchamel mais plutôt de grandes jattes de mahlébi : une crème à la rose… Je réalise qu’enfant je percevais ce décalage et je m’aperçois aujourd’hui, adulte, que ce décalage s’appelle exil. Je m’aperçois même qu’il y a eu double exil : celui que mes grands-parents ont subi et dont ils n’ont jamais parlé, et celui de notre culture personnelle, partie s’oublier au plus profond de nous.

Pourtant, rien ne disparait jamais complètement. Les Arméniens ne sont pas les seuls à avoir subi de terribles évènements. Au-delà de l’horreur, toujours quelque chose subsiste malgré la violence des oppressions, et ce quelque chose a presque toujours à voir avec l’imaginaire, le chant, la musique… l’art.

Les pièces musicales de ce projet sont autant d’instantanés, riches de leur histoire propre, et dont le tout définit la narration totale. D’une apparente simplicité, elles sont volontairement mélodiques et harmonisées légèrement, à 2 voix maximum, en tissant un lien très fort avec la voix (chant et textes) et les différents clivages rythmiques, dont les univers ainsi créés sont plus générateurs de «danses», au sens large, que de paysages aux métriques complexes.

Le désir de ce projet est d’arriver à créer une intimité entre la musique et l’auditeur, pour que chacun puisse s’inventer une histoire, et la découvrir peu à peu, thème après thème, à la manière du personnage de Krikor Beledian, découvrant son histoire photo après photo.

Dossier de présentation
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